COMMENT LA MISE EN SCÈNE JUSTIFIE MON TRAVAIL ?

Créer une atmosphère, qu’elle soit en extérieur dans un lieu naturel ou artificiel est pour moi un moyen de donner sens et matière à mes travaux. Une mise en scène travaillée, c’est un repérage réussi. En effet, avant chaque shooting j’ai souvent une image en tête du résultat final qui me sert de conducteur tout le long de la séance.

Je vois la mise en scène photographique comme une scénographie théâtrale. Le modèle qui est à la fois interprète peut y développer son rôle en interagissant avec le décor. Je donne des indications de jeu et le modèle explore son jeu « expressif » dans le décor.

Il est le performeur et moi l’exécutant qui capte ses mouvements.

La mise en scène en studio est moins contraignante, mais plus « frontale » et rigoureuse, car tout le dispositif construit et d’éclairage est à prévoir.

Le metteur en scène Adolphe Appia pionnier du théâtre contemporain, nous éclaire et prend position sur le jeu d’acteur et son décor : « Le corps de l'acteur a trois dimensions, son utilisation devant un décor à deux dimensions est contestable. Au décor peint doit se substituer un dispositif construit, architecturé, constitué d'escaliers et de plates-formes donnant aux mouvements de l'acteur tout leur pouvoir d'expression.1 » Ainsi, « Ce seront : l'horizontale, la verticale, l'oblique (plan incliné) et leurs combinaisons, telles, par exemple, l'escalier qui offre au corps un genre de complicité à laquelle aucune autre combinaison ne peut prétendre.2 »

Cette notion de plan incliné me tente énormément pour jouer sur le déséquilibre du corps en action, à l’image du plateau théâtral de Vsevolod Meyerhold, le Cocu magnifique (1922).

Appia nous apprend également que : « La lumière dans son travail – permet de- créer des ambiances qui permettent à l'acteur d'explorer plus en grandeur le jeu. La couleur - est -très importante aussi. Elles permettent de créer des températures, des lieux des univers. Mais tous ses ajouts et éléments scéniques n'ont pour but que d'aider l'acteur, ne pas lui nuire.3 »

 

Le jeu de l’acteur devient « vrai » quand la mise en scène est parfaite. La scénographie devient quant a elle grandiose et monumentale, à la manière de l’opéra de Richard Wagner : Le vaisseau fantôme (1843), mis en scène par François Girard ; de l’opéra de Carl Maria von Weber avec Der Freischütz (1821), mise en scène de Matthias Hartmann ; de l’opéra contemporain de Philipp Glass, avec Einstein on the Beatch (1976), ou encore avec le spectacle de Philippe Quesne, avec La nuit des taupes (2016) que j’affectionne beaucoup.

 

L’univers que je tente de développer visuellement a pour but de devenir monumental. Il serait tellement gratifiant, par exemple, de voir afficher en grand mes corps nus épousés des architectures par collages ou projections. Afin de jouer avec les échelles de tailles en sublimant les murs d’une présence gigantesque.

EN PRATIQUE

Le rôle de l’acteur, modèle, dans un décor immersif est de développer l’intériorité et la précision du personnage comme le dit Appia. En effet, quelque part, nous sommes tous acteurs de notre vie, de notre propre mise en scène. Nous jouons un rôle que l’on le veuille ou non.

 

J’ai pu expérimenter le fait de me mettre en scène, dans la vidéo Qui est Bruno Chalifour ? . J’apparais en personnage fictif, issu du réel : Bruno Chalifour. Issus d’une histoire réelle, elle fut réécrite pour en faire une satire humoristique.

Dans la série photographie Qui suis-je qui es-tu ?, je me mets à nu face à mon propre reflet. Introspection de mon propre corps, face au regard de l’autre. Mon corps est donc un témoignage humaniste, visible par son anatomie et sa morphologie, étudié comme un anthropologue.

Dans l’édition « Corpus 2 – Passeport4 », j’articule mes écrits dans une réplique aménagée du document administratif :  le passeport. Je fais de mon histoire une mise en scène de ma vie, de mes influences, que je mets entre les mains du spectateur.  Le lecteur devient alors également, membre actif de cette idée d’immersion.

 

La mise en scène est pour moi envisagée comme un dialogue entre l’acteur et son public. Ainsi, le metteur en scène qui a orchestré le tout, s’efface et laisse les expressions des comédiens se jouer.

BIBLIOGRAPHIE // MISE EN SCÈNE

Articles :

1Universalis‎, Encyclopædia. « ADOLPHE APPIA ». Encyclopædia Universalis. Consulté le 3 mai 2020.

https://www.universalis.fr/encyclopedie/adolphe-appia/.

2(Art vivant ou nature morte, catalogues des expositions de théâtre d'Amsterdam, janvier 1922, et de Milan, 1923).

3« Adolphe Appia ». In Wikipédia, 26 décembre 2019.

https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Adolphe_Appia&oldid=165718025.

 

​4Wilfried Rion « Corpus 2 – Passeport », 5 éditions, Esal-Épinal, 2019

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